Vous êtes ici : Accueil 9 Les Gazouillades de Pascal SERRE 9 Olivier de Robert : là-haut sur mes montagnes

Olivier de Robert : là-haut sur mes montagnes

27 Juil 2021 | Les Gazouillades de Pascal SERRE

Olivier de Robert : là-haut sur mes montagnes

Ce vendredi, en fin début de soirée, la météo se faisait hasardeuse, encombrée de nuages aux tonalités menaçantes. Quelques gouttes, vraisemblablement égarées, rejoignirent la poignée de spectateurs venue tandis que les cumulus s’éloignaient aimablement pour ne pas contrarier l’invité de la soirée : Olivier de Robert, oui le conteur des montagnes ariégeoises.

Pour cette troisième soirée des Conteurs sous les étoiles, la Maison Marquet se voulait une fois encore accueillante et mystérieuse ; comme ce grand gaillard de raconteur d’histoires buissonnières qui aime prêter sa voix aux taiseux qui savent les choses essentielles et n’en disent rien ou presque, de peur de déranger.

Olivier de Robert aime l’écho de ses histoires nécessairement anciennes, mais aussi de notre temps. C’est un homme des montagnes disais-je, mais aussi un homme du sud, presque de la méditerranée. Sa gestuelle accompagne les sonorités et les mots. Il y a chez lui une semblance avec la Commédia dell’arte. Ici, le conteur se fait aussi acteur de théâtre. Il sourit, nous fait rire ; il devient sombre et nous voici suspendu dans l’histoire ; il devient mélancolique et nous sommes plongés dans un intime désarroi. Si, si, même mon vieux cèdre l’a ressenti, lui qui en a vu et entendu bien avant, dans une autre vie.

Olivier de Robert puise son imaginaire dans cette enfance qui est le seul et vrai miracle qui anime le spectateur. Les personnages sont vieux et… jeunes ; les biquettes et les loups surgissent dans les bois et les hautes cîmes ; les maisons sont de faites de pierres calcinées par le temps et les voici restaurées dans une parenthèse poétique.

Marcelie, Albert, Augustine et quelques autres aiment les veillées, celles au coin du feu, presque dans l’âtre, comme jadis, comme aujourd’hui toujours et encore. Ce sont les mémoires de ces montagnes titanesques un temps protectrices de ces cathares venus d’on ne sait où, mais en sachant que le raconteur d’histoire a reçu d’une oreille à l’autre. Avec Olivier de Robert, la vie et seulement la vie se déroule durant une heure trente de voyages, le temps est un équilibre au présent.

Il aime interpeller son public, y associe ses montagnes à mon vieux cèdre chanceladais qui les abrite. Olivier de Robert est intemporel et universel dans ses multiples récits. Il bouscule les traditions tout en les élevant dans le ciel de ses histoires. L’homme est fondamentalement et résolument optimiste, donc joyeux.

Il développe des mythes aux inconnus rivages et qui font frémir sans jamais fermer la parenthèse. L’humour n’est jamais loin pour transfigurer le doute et le malheur qui constituent l’âme humaine. La poésie se fait ainsi compagne éclairante dans l’obscurité du destin de chacun.

Mon vieux cèdre, à l’issue de cette rencontre, alors que la magie des lumières de Bernard Maciel émoustillait son orgueil, me confia : « Je me suis imaginé là-haut, sur les montagnes… j’ai vu la chèvre sur sa mobylette et le loup qui ne voulait pas qu’on le prenne pour un chien. »

Pascal Serre

OLIVIER DE ROBERT